Minéral, végétal, animal — tout semble pris dans un même mouvement, entre vacillement et équilibre fragile. Le monde tient dans cette tension complexe, où le destin de l’homo sapiens est intimement lié à celui de l’écosystème. Rien n’est isolé, rien n’est autonome : il suffit qu’une seule espèce manque pour que l’ensemble se dérègle et menace de s’effondrer. À notre échelle pourtant, quelque chose demeure possible. Une part d’action, une responsabilité, une manière de maintenir, de restaurer cet équilibre précaire, de ne laisser aucune forme de vie sur le carreau. Mais le vivant se fragmente. La nature se défait, comme une matière en miettes, traversée de ruptures, de tensions, de fibrillations. Alors, face à cette désagrégation, une nécessité s’impose : revenir, emprunter le chemin des racines, chercher ce qui relie encore. Les XXe et XXIe siècles ont apporté leur lot de prises de conscience douloureuses. La liste est longue. Pourtant, faut-il pour autant abandonner l’idée même d’humanité ? Peut-être suffit-il d’un geste. Un geste simple, presque imperceptible, pour renouer avec ce qui nous relie à la Terre, pour répondre à l’ingratitude que nous lui avons infligée. Un geste comme celui que l’on prête à Léonard de Vinci, qui, selon Vasari, achetait des oiseaux en cage sur les marchés pour leur rendre aussitôt la liberté. (Photo : Emmanuelle Cascail)