Changer, Inspirer, Participer

« Si vous bâtissez des châteaux dans les airs, votre travail n’aura pas à se trouver perdu ; c’est là qu’ils devraient être. Maintenant, posez les fondations dessous. », H. D. Thoreau, 1854, « Walden ou la vie dans les bois »


Contribution de l’art
à favoriser la réconciliation homme-nature  


Présentation 

  • Éco-plasticienne, domiciliée à Niort (79)

  • Formation universitaire en arts plastiques

    • Licence en Arts Plastiques (Paris 1 Panthéon-Sorbonne

    • Master 2 recherche en arts plastiques, pratiques plastiques contemporaines (Université Paul Valéry Montpellier 3)

  • Inscrite dans le mouvement de l’art écologique

  • Recherche théorique et plastique donnant à voir les effets accélérés depuis 2 siècles d’une Modernité destructrice. Interroge notre modèle anthropocentré



Démarche éco-artistique
Désormais, nul n’est censé ignoré les faits, l’Anthropocène est devenu le symbole d’un terrible échec humain. Avec cette ère tout bascule en moins de deux siècles, avec une rapidité sans équivalent : le réchauffement est global, la biodiversité s’érode, les océans sont plus acides, les eaux, le sol, l’air, pollués. Et une pandémie mondiale éclate en 2019. L’agent pathogène est l’homme lui-même. Depuis Descartes, nous avons affirmé notre différence avec la nature, nous nous sommes mis en son centre pour l’instrumentaliser et avons pris son contrôle. Mais le paradoxe c’est que maintenant on a le sentiment de ne plus rien contrôler. La relation de l’homme à son environnement est mortifère jusqu’à notre propre destruction. L’économique s’impose, le social s’adapte tant bien que mal, le bonheur est remplacé par le bien-être, les événements nous dépassent. « Nous »… plus précisément, ce n’est pas l’humanité tout entière qui est à l’origine de ce désastre mais le développement d’un capitalisme marchand effréné et l’effet désinvolte de certains humains : les 1% des plus puissants exsangue la Terre, restent piégés dans un fonctionnement productiviste, à croire qu'ils n'ont pas d'intérêt à protéger la nature! 

Néanmoins, chacun peut mettre sa pierre à l'édifice.

Nous pouvons échapper malgré tout à la désespérance car le débat sur le monde et les valeurs dans lequel nous voudrions vivre reste bien ouvert. Beaucoup d’idées émergent, des individus se mobilisent pour un mieux vivre-ensemble. L’Anthropocène nous force à réinventer un récit car la beauté du monde est encore là. Le destin de 
l’homo sapiens est inévitablement imbriqué à l’écosystème. Il devra donc mobiliser son intelligence et sa sagesse pour refonder une wilderness afin de vivre en harmonie avec le reste de la vie sur cette planète incroyable. Je continuerai donc à sentir les enjeux du monde et à travers l'éco-oeuvre (étonnant écosystème elle aussi !), à témoigner de ce présent bouleversé et bouleversant, et à proposer la compréhension de cette société, du monde vivant, des valeurs humanistes qui combattent individualisme et narcissisme. En bref, à proposer un avenir meilleur.

Pratique éco-artistique
La notion d’hybridation est très importante dans mon travail, tant au niveau des thématiques que dans l’entremêlement des médiums, objets et supports. Ma pratique est multiple (peinture, dessin, collage, installation, assemblage d'objets, image numérique, son, etc.). L’hybride se situe aussi au sein même de ma peinture, coexiste un mode d’expression contemporain mais également traditionnel par mon attachement aux valeurs humanistes et au savoir-faire. On le trouve encore au sein de ma dernière série intitulée "L'essentiel", dans ces créatures posthumaines, mi-homme, mi-végétales, telles les représentations symboliques des mythes et légendes depuis l’Antiquité. Tous ces dialogues entre l'homme et la nature disent la menace et l'alliance jusqu'à l'espoir de cohabitation.
 
Je porte une attention méticuleuse au végétal. Chaque promenade dans les milieux naturels m’amène à le récolter et le sécher. Je respecte son cycle, j’évolue avec lui, m'émerge totalement dans cette nature. Si l’herbier est un objet d’étude scientifique, il est aussi précieux, d’une mystérieuse beauté dont mon art s’est emparé. C’est pourquoi mon travail, 
avec et pour la nature, se veut être un éloge à la lenteur, à la contemplation, pour résister à l’emballement de la société et donner à voir le végétal tel qu’il est, non pas comme une nature morte mais comme un portrait. Un individu singulier.
 

Emmanuelle Cascail - Octobre 2021